Interstices

Paragraphie

Manon De Pauw

2003

Paragraphie

Synopsis

Paragraphie est une installation interactive qui n'interprète pas le sens de l'écriture, mais le rythme et la musicalité des gestes du scripteur.

Une chaise, une table, du papier et des crayons sont laissés à la disposition du visiteur. Pour activer le dispositif interactif, ce dernier doit se mettre à l’œuvre : écrire, dessiner, gribouiller, déchirer, frotter, taper, etc. Les sons qu’il génère sont captés par des micros insérés dans la table et amplifiés dans tout l’espace de la galerie. Selon leur amplitude, ces sons déclenchent différentes boucles vidéo, projetées directement sur la table. Les mains qui apparaissent sur la surface d’écriture suggèrent des actions et laissent des traces qui se superposent à celles du participant. Cette situation explore les attitudes physiques et mentales qui accompagnent souvent le travail d’écriture, lieu de frustrations et de plaisirs, de blocages et de créativité, de communication et de repli sur soi. Dans le domaine médical, le terme paragraphie désigne une transformation aphasique se manifestant au niveau du langage écrit, impliquant un manque de contrôle et un décalage entre l’intention et l’acte, entre la pensée et la trace.

Documentation

Galerie photo

    paragraphiethumb_mdpparaplanfr

Auteur

Manon De Pauw a obtenu son baccalauréat en Studios Arts de l’Université Concordia en 1996. De 1997 à 2001, elle occupa le poste de coordonnatrice artistique au centre d’artistes DARE-DARE où elle a acquis une expertise dans l’organistaion et la diffusion de projets de performance, de pratiques interdisciplinaires, d’interventions in situ en galerie et hors les murs. À travers de multiples cours et ateliers, elle poursuit une formation continue en danse, en performance et en mouvement. Son projet de maîtrise en recherche-création à l’UQÀM, intégrant l’action performative et la vidéo numérique, a pour thème principal le langage corporel. Elle vit et travaille à Montréal.

Devis technique

Deux micros piézo-électriques ont été collés sous le panneau supérieur de la table et isolés par en-dessous pour capter seulement les sons provenant de contacts directs avec la table et éviter les sons ambiants. À noter que plus on applique de la pression sur ces micros plus ils seront sensibles. Ceux-ci étaient préamplifiés à l’aide d’une console avant d’être connectés dans l’entrée de l'ordinateur. Max/Msp fonctionne avec le « Sound manager » du Mac en l’absence de carte audio. Les niveaux audio (in-out) sont tout d’abord réglés à partir de la console, puis dans MaxMsp. À partir de l’amplitude mesurée par le programme, on obtient une donnée numérique, qui, selon sa valeur, déclenche au hasard une séquence vidéo dans une des trois catégories pré-établies (il y en a une quinzaine par catégorie, donc 45 au total). Par exemple, un son faible provoquera des gestes d’hésitation, un son moyen des gestes d’écriture et un son fort des gestes d’impatience. Ces boucles vidéo de 1 à 5 secondes, programmées à l’aide de softVNS, originent toutes d’un seule séquence Quicktime de 3 minutes préalablement montée. Les images sont acheminées au projecteur par cable VGA via l’objet v.screen de softVNS.

  • Micros piézo-électriques : Guitar tuner pick-up MPU-1 de Matrix, muni d’une fiche 1/4, disponible sur plusieurs sites internet. Le piezo est protégé par une coquille double. Il est plus sensible une fois retiré délicatement de son enveloppe extérieure en plastique.
  • Console Eurorack de Behringer, modèle MX802A (www.behringer.com)
  • Interface audio iMic USB pour les G4 qui n’ont malheureusement pas d’entrée audio (griffintechnology.com)
  • G4 avec sytème 9.2 (www.apple.com)
  • Logiciel Max4/Msp2 (www.cycling74.com)
  • Logiciel softVNS (http://homepage.mac.com/davidrokeby/home.html)
  • Paire d’enceintes préamplifiées avec subwoofer
  • Projecteur vidéo
  • Table creuse à panneaux de pins 1/4 de pouce env. (pour une meilleure acoustique)

Bilan

Le but de ce projet était « d’amplifier » à la fois littéralement et métaphoriquement le geste d’écriture, qui est habituellement un acte solitaire et intime. Je voulais, d’une part, faire résonner dans l’espace de la galerie les sons créés par le contact avec le papier et d’autre part, provoquer des correspondances entre l’action directe et les images préenregistrées. Il s’agissait de ma première tentative d’intégrer de la vidéo à un dispositif interactif. Ma crainte de départ était que les gens se sentent inhibés, obligés d’écrire quelque chose de cohérent, voire d’intelligent. C’est pourquoi les images vidéo suggèrent non seulement l’écriture en tant que telle, mais aussi des actions plus ludiques comme tracer des formes, froisser du papier ou le déchirer. Montées en boucles très courtes, ces séquences accentuent le côté répétitif du travail d’écriture plutôt que son contenu.

Pour que le projet soit invitant, j’ai privilégié un dispositif d’apparence "low-tech" : une chaise et une table sur laquelle étaient laissés les papiers noircis et froissés. La seule technologie visible était le projecteur accroché au-dessus de la table qui, en l’absence de visiteurs, projette sur la table l’image d’une feuille blanche grandeur nature. Il était primordial que l’usager ne soit pas rebuté par l’aspect technologique du dispositif, mais qu’il ressente une certaine familiarité. Or, l’écriture et le dessin sont des activités qui font partie de notre quotidien. Ces choix ont porté fruit, car la plupart des interactions ont duré plus longtemps que prévu. L’interactivité a été conçue afin de créer des variations dans la relation entre les images vidéo et les gestes des scripteurs. L’expérience est axée sur le jeu et l’improvisation, plutôt que sur le contrôle et la concordance directe. Ceux-ci peuvent sans cesse reconfigurer le scénario.

En rétrospective, bien que la composante visuelle soit réussie en fonction de mes attentes, je réalise que c’est l’aspect sonore du projet qui a eu le plus d’impact pour la majorité des participants. Le son de leur propre écriture, amplifié de façon aussi directe et inattendue, exerçait une fascination chez plusieurs qui se mettaient à gribouiller n’importe quoi seulement pour s’entendre. Ces sons s’avèrent être d’une musicalité très riche, unique à chaque personne. La table devenait ni plus ni moins un instrument de musique, un prétexte au jeu. Ainsi, en y participant, on se donne un peu en spectacle.

Le dispositif fonctionnait relativement bien techniquement sur de courtes périodes. Cependant, pour des raisons encore inconnues, le système avait tendance à planter de temps à autre. L'équipement utilisé ne semble pas offrir une grande stabilité pendant un usage prolongé. 

© Interstices : Groupe de recherche et de création en arts médiatiques, 2010
© Interstices : Media Arts Research-Creation Group in 2010