Interstices

Habitgram

Beewoo

2004

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Synopsis

Habitgram propose une mise abîme entre le lieu d'exposition, les spectateurs et la projection d'images vidéo.

Il s'agit d'un vêtement de surveillance que chacun est invité à enfiler à tour de rôle. À l’intérieur de celui-ci, sont camouflées plusieurs caméras-miniatures permettant de capter l'univers immédiat du spectateur et de le démultiplier ensuite par des projections en temps réel sur les murs de la galerie afin de faire expérimenter un nouveau type de point de vue. En portant ainsi l’Habitgram, les spectateurs seront amenés « à revêtir » également le lieu où ils se trouvent.

Documentation

Galerie photo

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Auteur

Après avoir obtenue un DEUG de japonais a l ‘iNALCO, Paris, Beewoo quitte la France pour poursuivre ses études au Japon en 1991. Dès lors elle s’oriente vers les domaines de la photographie puis de la vidéo. En 1997 elle obtient une licence en art médiatique à Multimedia arts, RMIT, Melbourne, Australie. Elle poursuit à présent sa maîtrise en Art Visuels et Médiatiques à l’UQAM.

Elle participe à de nombreuses expositions et performances vidéo en temps réel au sein de collectifs tels que KITet Battery Operated. Son travail est présenté dans les festivals d’art électroniques tel que INVIDEO, Italie ; Split 2001, Croatie ; FCMM, Canada et des lieux tels que The Anchorage, NYC, USA ; Stubnitz Rostock, Allemagne. Elle est aussi l’un des membres fondateur du label multimédia C0C0SDC1T1 qui publie sur Cd-Rom des collaborations entre artistes sonores et artistes vidéo. Elle est basée à Montréal.

Devis technique

Le prototype de l’Habitgram contient deux caméras-miniatures qui sont incérées au niveau des carrés roses que l’on peut observer sur le manteau. L’une au sommet de la cagoule, l’autre au niveau du genou droit. On a prévu six emplacements pour les caméras, repartie de manière inégale sur le manteau. Chaque caméra est reliée à un émetteur et chaque couple émetteur/caméra requiert un boîtier de huit piles AA. Les boîtiers piles et les émetteurs sont répartis dans les poches qui ont été cousues en velcro dans le dos et au niveau du tronc. Nous les avons disposées de manière à ce qu’elles passent inaperçues auprès de la personne qui revêt l’habitgram. Les émetteurs sont assez légers (50g environ).Ce sont les seize piles AA qui pèsent le plus lourd, mais une fois revêtu, le poids du manteau semble confortable. Les caméras sont branchées sur leur émetteur respectif par câble BNC/RCA.

Chaque caméra est donc reliée à un des émetteurs qui envoie in signal radio a un des deux récepteurs prévus à cet effet. Dans le cas du prototype, nous avons utilisé deux émetteurs-récepteurs identiques. Ceci a été possible, car les récepteurs et les émetteurs utilisés peuvent chacun êtres assignés à quatre chaînes différentes. Par conséquent, il nous serait possible d’utiliser quatre couples émetteurs-récepteurs de ce genre. Cependant, même en n’utilisant que deux couples, on observait parfois un brouillage des images reçues. Les sources semblaient êtres captés en même temps suivant la position du vêtement.

Les deux images vidéo, ainsi transmises, étaient distribuées à six projecteurs répartis dans la galerie. L’un des récepteurs était branché sur un amplificateur vidéo qui distribuait le signal à trois projecteurs. L’autre récepteur était branché directement sur un projecteur vidéo qui était branché sur un second projecteur à son tour branché sur un troisième projecteur, car chacun de ces projecteurs comportait une prise BNC IN ainsi qu’une prise BNC OUT. On pouvait donc les brancher en série sans que le signal vidéo ne perde de sa définition.

  • 2 caméras miniatures (PC181XP)
  • 2 Boîtiers de piles et 32 piles AA rechargeables
  • 2 émetteurs (TM2 : 2.4GHZ transmit Module A/V)
  • 2 récepteurs (MVR2 : Extra Microwave Receive For MVL1)
  • www.supersircuit.com

Bilan

La réalisation du prototype ainsi que sa présentation publique ont été des étapes cruciales dans l’évolution du projet final dont la pièce centrale est l’habitgram.

Du point de vue technique, la fabrication du prototype a nécessité l’utilisation de caméras-miniatures de qualité supérieure, car le signal vidéo transmis par voie hertzienne perd beaucoup de sa résolution initiale. De même, les projections étant faite en plein jour ou le soir avec des éclairages de manière à créer un effet diaphane dans la projection vidéo. L’installation du prototype habitgram nécessite une série de six projecteurs les plus lumineux possible.

D’autre part, les pertes de signal fréquentes, qui créent des parasites dans les projections vidéo, peuvent êtres évités par l’utilisation d’émetteurs-récepteurs plus puissants, mais cette option a été écartée, car le poids et la grosseur des émetteurs les rendraient difficiles à intégrer dans le manteau. De plus, leur présence convient à l’esthétique du projet.

La fabrication même de l’habitgram a nécessité l’expertise d’une couturière professionnelle pour la réalisation du patron et la recherche concernant la conception des poches qui contiennent le matériel électronique et les caméras. On a pu observer l’endurance du matériel sans fils sur une période étendue. Cette observation nous a permis de perfectionner le design même de l’intégration du matériel électronique à l’habitgram. Lors de la présentation du prototype habitgram à la galerie DARE DARE, nous y avions inséré un nombre réduit de deux caméras L’intégration du nombre final des six caméras au vêtement nécessitera une recherche plus poussée dans le domaine du matériel de transmission hertzien. Il faudra trouver une combinaison d’émetteurs dont les fréquences ne sont pas incompatibles et ne créent pas d’interférences les unes par rapport aux autres.

Du point de vue de l’interactivité même de l’objet habitgram et de son intégration dans l’espace, l’observation des réactions des utilisateurs, ainsi que les conversations avec ceux-ci ont été édifiantes. Les caméras vidéo étant placées de manière à renverser les images captées, parfois verticalement, parfois horizontalement ou à quatre-vingt-dix degrés. D'ailleurs, certains utilisateurs tentaient de rétablir le sens réel des images. Ces personnes se trouvaient pour ainsi dire chorégraphiées par l’habitgram et les mouvements de chacun dans l’espace suivaient un cheminement équivalent. Nombreux sont ceux/celles qui ont témoigné d’une sorte de nausée lorsqu’ils/elles portaient l’habitgram. C’est un phénomène que j’avais anticipé en moindre mesure, mais son ampleur m’a semblé profitable. En fait, j’attribue ce phénomène à la corrélation et la simultanéité des mouvements du corps de l’utilisateur et ceux de la vidéo. On pourrait comparer ce phénomène à celui du mal de mer. Ceci me paraît souligner l’aspect métaphorique du dispositif immersif dont l’habitgram et son utilisateur constituent le centre. Ainsi, l'usager aux commandes du flot des images médiatisées dont il est submergé en éprouve lui-même un malaise. L’image médiatique est-elle donc indomptable? Par ailleurs, la mise en abîme de la zone tangible de la galerie et la complexité de la combinaison des espaces architecturaux et vidéographiques, créent pour l’utilisateur un champ d’exploration de ces lieux. Englouti dans ce champ immersif, il tente toujours d’en comprendre la structure et la source. L’immersion ne se place donc pas ici en opposition avec la distance critique de l’œuvre d’art. Au contraire, c’est cette immersion même qui suscite une observation critique.

© Interstices : Groupe de recherche et de création en arts médiatiques, 2010
© Interstices : Media Arts Research-Creation Group in 2010