Interstices

Still

Adad Hannah

2002

Still

Synopsis

L’interaction constante avec la technologie est devenue une partie intégrante de la réalité quotidienne.

Still questionne le fait que nous acceptions de plus en plus l’authorité et l’omniprésence des technologies en proposant une mise en scène technologique faisant référence à la théorie pavlovienne. Les technologies peuvent toutefois comporter des côtés positifs que j’explore à travers ma pratique.

Cette œuvre résulte d’une première intégration d’images diffusées en circuit fermé dans mon travail vidéographique qui explore la notion d’immobilité. Les interactions entre les spectateurs et avec l’écran, autant conscientes qu’inconscientes, sont au cœur de cette installation participative.

Les spectateurs entrent dans une pièce obscure et regardent autour d’eux, ne voyant rien au départ. Une faible lueur apparaît progressivement sur un des murs. Dès qu’ils s’en approchent, la lueur disparaît. Toutefois, s’ils s’immobilisent, elle devient plus lumineuse. ainsi, ils sont peu à peu conditionnés à ne plus bouger, ce qui leur permet éventuellement de distinguer au mur une projection d’eux-mêmes figés dans le noir. Observant le comportement des autres participants, tous les spectateurs doivent s’entendre sur le fait de rester parfaitement immobile afin de voir leur propre image projetée. Les spectateurs qui se trouvent déjà dans la pièce doivent interagir avec chaque nouveau venu afin de lui expliquer les bénéfices de l’immobilité.

L’installation interactive Still tente d’engager le spectateur dans un jeu de mouvements et de regards. Sur un mode déductif, cette œuvre récompense l’immobilité corporelle par la faculté de se voir soi-même. En quelque sorte, notre mouvement nous fait disparaître, tel Narcisse admirant sa propre réflexion dans l’eau. Je tenais à ce que cette œuvre suscite une réponse apprise, une réponse simple et facilement transmissible d’un spectateur à l’autre.

J’ai tenté de donner à l’œuvre une esthétique simple et dénudée. Les senseurs, les câbles et l’équipement informatique ont donc été dissimulés autant que possible. De l’extérieur, par une ouverture, le spectateur ne voit qu’une faible lueur éclairant la salle. Dès qu’il y pénètre, la pièce plonge dans la noirceur. Éventuellement, dans cette obscurité, ils comprennent le mécanisme de l’œuvre et développent une réponse conditionnée.

Documentation

Galerie photo

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Auteur

Parmi ses plus récents projets, on compte une conférence sur l’art et la technologie à la 7e Biennale de La Havane, Cuba (publiée dans le catalogue Encuentro de Teoría y Crítica) et l’exposition individuelle The Sewing Room à la galerie d’art de Surrey.

Le Centre Canadien d’Architecture a inclus dans son exposition Laboratoires une de ses bandes vidéos à pose prolongée. Dans l’année à venir, il présentera des œuvres de cette série intitulée Stills lors d’expositions individuelles à Vancouver, à Ottawa et à Montréal ainsi que dans le cadre de Mope//02 à Vasa (Finlande) et de la 10e Bienniale d’Arts Visuels de Pancevo (Yougoslavie).

Devis technique

La projection vidéo couvre presque entièrement le mur au fond de la pièce. Une caméra infrarouge et un émetteur de rayons infrarouges (invisibles à l’œil) sont accrochés juste au-dessus. La caméra envoie un flot constant de signal vidéo NTSC à un ordinateur (carte vidéo : Formac ProTV PCI). Celui-ci interprète la vidéo grâce à SoftVNS (une série d’objets conçus pour le logiciel MAX/MSP) qui décolore l’image et l’inverse horizontalement. Deux détecteurs de mouvement GoFly mesurent la quantité de mouvement dans la pièce et envoient un signal à un transmetteur Midi. Ce dernier envoie un signal Midi (via un interface Midiman 1x1) à MAX qui calcule la quantité de mouvement dans la pièce. Quand ce mouvement dépasse un certain seuil, MAX indique à SoftVNS de fondre l’image au noir. Quand ce seuil n’est pas atteint pour une durée prédéterminée, l’image vidéo réapparaît de nouveau. La vidéo ainsi traitée est transmise au projecteur qui à son tour donne aux spectateurs une image-mirroir d’eux même en temps quasi-réel.

Bilan

La plupart des specateurs ont pu expérimenter Still de façon satisfaisante. Toutefois, certaines personnes ne restaient pas asez longtemps dans la pièce et quittaient l’installation sans s’être vues dans la projection. Un problème technique relié à la vidéo live est le délai - court mais perceptible - de 100 millisecondes. Dans la prochaine version, une réponse plus rapide et plus précise est souhaitable et envisageable, possiblement par l’utilisation d’un plus grand nombre de senseurs. Ainsi, le participant sera plus conscient de son influence sur la sortie vidéo.

Une des difficultés propres à l’art technologique est la nécessité de se procurer les senseurs, l’équipement et les logiciels avant de savoir s’il s’agit réellement des outils adéquats pour le travail à accomplir. J’ai trouvé cette situation quelquefois problématique. Par contre, je considère l’œuvre comme étant un succès car le résultat est très proche de que j’avais envisagé. Ce genre de situation se règlera quand l’équipement nécessaire pour l’expérimentation deviendra plus accessible.

La réaction du public semblait prendre trois trajectoires différentes. Quelques personnes entraient puis repartaient sans attendre (voire, sans remarquer) que leur image-mirroir apparaissait graduellement sur le mur du fond. Peut-être qu’une forme ou une autre d’indication aurait rendue l’issue de l’interaction plus évidente. Ceci dit, j’appréciais l’effet de surprise et de jeu qui aurait pu se perdre en présence de trop de consignes. Les spectateurs de la seconde catégorie comprenaient le dispositif et, après deux ou trois cycles d’apparition-disparition de l’image, décidaient de quitter la pièce. La troisième catégorie regroupe ceux qui, après avoir compris le dispositif, décidaient de jouer avec et de l’expérimenter, curieux de tester tous les paramètres de l’installation : Quelle était la sensibilité des senseurs ? Où se trouvait la caméra ? Et s’ils continuaient de bouger ? Ces visiteurs avaient tendance à rester plus longtemps et semblaient profiter davantage de l’installation.

Dans le futur, j’envisage d'accentuer l’expérience immersive en projetant la vidéo sur les quatre murs de la pièce ainsi que, possiblement, sur le plafond et sur le plancher. De cette façon, je crois que le spectateur aurait une consciense accrue de son propre corps contrôlant les réactions de l’installation.

Au départ, je voulais créer l’effet d’un miroir grâce à une image vidéo couleur, claire et précise. Le résultat final, une image granuleuse en noir et blanc, s’est avéré être une belle surprise. En effet, elle apportait à la vidéo en temps réel un apect que plusieurs ont associé à un vieux film en noir et blanc avec un faisceau lumineux au centre.

© Interstices : Groupe de recherche et de création en arts médiatiques, 2010
© Interstices : Media Arts Research-Creation Group in 2010